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Il se dit que 2013 est « l’année des MOOCs ». Les MOOCs ce sont les Massive Online Open Course – des cours en ligne ouverts à un très large public, la plupart du temps gratuits. En avril dernier, un MOOC de l’université californienne Caltech sur les « machines apprenantes » (Machine Learning) a réuni simultanément plus de 200 000 inscrits. Certains pensent qu’il s’agit potentiellement d’une vraie révolution, susceptible à terme d’impacter aussi bien l’enseignement supérieur initial que la formation continue des adultes. D’autres qu’il s’agit juste d’une « couverture marketing ». C’est sous l’angle des compétences demandées à l’apprenant que j’aborde cette question aujourd’hui, dans le prolongement du précédent billet d’Eric sur le sujet.
Il y a différentes sortes de MOOC, la distinction la plus courante étant celle des x-MOOCs et des c-MOOCs.
Prenons d’abord les points communs :
Jean Vanderspelden , dans la réunion en ligne récemment dédiée par le FFFOD à ce sujet, résume très bien les compétences clés qu’il a mobilisées dans les différents MOOCs auxquels il a participé :
Si l’apprenant ne fait rien une fois qu’il s’est inscrit au MOOC, il ne se passe… rien.
A lui de se donner des objectifs, un rythme de travail.
Très vite, et en particulier dans les c-MOOCs, le volume d’informations disponibles devient considérable. Aux ressources postées par les enseignants s’ajoutent celles postées par les apprenants, aux échanges sur le forum s’ajoutent les Espaces d’Appropriation Personnels (ici les eap du MOOC RESOP)…
Le risque est grand de se retrouver "lost in the MOOC"...
Jean Vanderspelden insiste donc beaucoup sur la nécessité d'accepter de ne pas tout lire, pas tout faire : prendre l'information pertinente au regard de ses propres objectifs individuels.
« J’étais un peu tout seul » témoigne Sébastien Brunet dans cette même réunion du FFFOD.
J’en témoigne aussi, au travers de quelques expériences : seul (e) lorsque les ressources que l’on partage ne donnent lieu à aucun commentaire, lorsque l’on tente de s’insérer dans une discussion sans y parvenir vraiment. Submergé (e) lorsque les informations sont disséminées sur le site du MOOC, sur le Google +, sur la page FaceBook… Dépassé(e) lorsque le programme de la semaine 3 s’affiche et que l’on n’a pas encore eu le temps d’exploiter les ressources (passionnantes) de la semaine 1…
Bref, comme tout dispositif, le MOOC ne fait pas à la place de l’apprenant le chemin qui lui appartient.
Mais cette « part de chemin » est peut-être plus exigeante que dans un dispositif traditionnel.
Le x-MOOC, dans son approche plus dirigée, avec un « mono-sourcing » des ressources - les vidéos ou liens mis à disposition par l’enseignant - sont en fait proches du modèle traditionnel. Ils conviennent sans doute bien à des participants centrés sur le contenu, et/ou sur la finalité opératoire de la formation.
Mais cela ne suffit pas à tout le monde : « je ne veux pas me cantonner à lire et à me mêler à 40 000 personnes dans une « cocktail party » géante (sans cocktail) » témoigne un étudiant dans l’article « MOOC learner : at the center of what ?». « Il n’y a pas de vrai enseignement, c’est juste une liste de lecture, des vidéos You Tube et un forum », dit un autre. Alors qu’un autre a trouvé dans le réseau des apprenants suffisamment d’interactions pour nourrir ses apprentissages : « nos meilleurs apprentissages sont faits a) par nous-mêmes b) dans les espaces de discussion avec les autres », écrit-il.
Les c-MOOCs, avec leur approche connectiviste, me semblent encore plus exigeants. Il m’a fallu « faire face à l’infobésité » et m’inscrire dans une approche collaborative, dit J. Vanderspelden. Et aussi « m’engager » , « respecter les règles » (les organisateurs donnent des repères et des bonnes pratiques) : « trouver la juste posture ». Persévérer. Comme le soulignent S. Corolan et M. Magnin dans leur article « Les MOOC et la motivation : les élèves face à une formation autogérée», les c-MOOCs demandent encore plus de motivation intrinsèque à l’apprenant.
« Nous avons tous besoin de développer nos propres apprentissages, dans un monde qui change vite » écrit Betha Gutsche dans « MOOC learner : at the center of what ». Mais je vois le fossé s’élargir entre ceux qui ont des compétences et des outils pour l’auto-détermination (self-direction) et ceux qui ont besoin de beaucoup plus de support pour acquérir ces compétences. Les MOOC n’offrent pas beaucoup de bouées à ceux qui sont juste en train d’apprendre à nager dans l’environnement en ligne ».
L’aspect « massification » peut se traduire par un certain élitisme , qui ne conserverait de la foule du début qu’une poignée de personnes très motivées et agiles sur les médias sociaux
Cet aspect sélectif, élitiste des MOOC est d’ailleurs assumé par certains acteurs. « Google, Apple, et les autres titans des technologies ont beaucoup à gagner à enseigner les masses. Ils peuvent (…) même offrir des job aux meilleurs étudiants. Quel meilleur moyen de recruter que de disposer des informations sur plusieurs années – informations dont vous êtes propriétaire ? » écrit Jeff Dunn dans « 5 potential WaysMOOCs will evolve ».
« La question se pose : peut-on détecter des esprits brillants grâce à un MOOC, pour éventuellement le recruter par la suite ? Coursera et Udacity comptent dessus en tout cas, car elle vend l’accès aux bases de données de ses étudiants » écrit Matthieu Cisel dans « Pourquoi faire des MOOCs »
Finalement, l’apprenant rêvé des MOOCs, c’est celui qui a trouvé la « voie de l’apprenance » dont parlait Eric dans son récent billet : « auteur de sa formation », il dispose de « l’ensemble stable de dispositions affectives, cognitives et conatives favorables à l’acte d’apprendre » (P. Carré).
Convenons, chers lecteurs formateurs, que tous les apprenants ne sont pas (encore) dotés de toutes ces heureuses dispositions…
Les MOOCs représentent une formidable opportunité d’apprendre en liberté, de partager le savoir, de créer de l’intelligence collective. Regardant la liste des inscrits au MOOC Gestion de projet, récemment organisé par Centrale Lille (3600 participants, une organisation remarquable saluée par les apprenants), je notais la présence d’étudiants basés en Afrique.
Quelle belle opportunité d’obtenir une certification d’un établissement renommé, d’échanger avec d’autres, en oubliant les obstacles du financement et des visas !
Nous n’en sommes qu’aux débuts. Au final, le vrai défi des MOOCs me semble de réussir à ce que chacun se sente exister dans ce très grand groupe, soit accueilli et accompagné, tant par ses pairs que par l’équipe enseignante. Entre automatisation et ingénierie tutorale, le chemin est à trouver.
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